Denk dir Diana tapfer ausgerüstet
Die durch die wälder eilt durchs dickicht stiebt ·
Im winde haar und hals nach kämpfen lüstet ·
Den besten jägern stolz ein beispiel giebt!
Ein unbeschuhtes volk zum sturme rufen ·
Die wange flammend und das schwert gewezt
Im sprung empor auf königliche stufen?
So ist Sisina · doch der zarte krieger
Ihr mut gehezt von rauch und trommelhieb
Wird vor dem fliehenden die waffen strecken ·
In ihrer brust · vom brand verwüstet · blieb
Für den der es verdient ein thränenbecken.
Sisina
Imaginez Diane en galant équipage,
Parcourant les forêts ou battant les halliers,
Cheveux et gorge au vent, s'enivrant de tapage,
Superbe et défiant les meilleurs cavaliers!
Avez-vous vu Théroigne, amante du carnage,
Excitant à l'assaut un peuple sans souliers,
La joue et l'oeil en feu, jouant son personnage,
Et montant, sabre au poing, les royaux escaliers?
Telle la Sisina! Mais la douce guerrière
À l'âme charitable autant que meurtrière;
Son courage, affolé de poudre et de tambours,
Devant les suppliants sait mettre bas les armes,
Et son coeur, ravagé par la flamme, a toujours,
Pour qui s'en montre digne, un réservoir de larmes.
— Charles Baudelaire
DER MENSCH UND DAS MEER
Freier mensch! das meer ist dir teuer allzeit ·
Es ist dein Spiegel · das meer · du kannst dich beschauen
In seiner wellen unendlichem rollendem grauen ·
In deinem geist ist ein abgrund nicht minder weit.
Ziehst es an dich mit auge und hand – deine sinne
Halten manchmal im eigenen tosen inne
Bei dem geräusch dieser klage unzähmbar und wild.
Beide lebt ihr in finstrer und heimlicher flucht.
Meer noch sind unentdeckt deine kostbarsten Schlünde!
Euer geheimnis bewahrt ihr mit eifersucht.
Und seit unzähligen jahren rollet ihr weiter
Ohne mitleid ohne reuegefühl ·
Unversöhnliche brüder! ewige streiter!
L'Homme et la mer
Homme libre, toujours tu chériras la mer!
La mer est ton miroir; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.
Tu te plais à plonger au sein de ton image;
Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton coeur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.
Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets:
Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes;
Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets!
Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remords,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
Ô lutteurs éternels, ô frères implacables!
— Charles Baudelaire